Quatre études de soldats dont deux cavaliers

Charles PARROCEL

Quatre études de soldats dont deux cavaliers

Pierre noire et sanguine sur papier préparé
27,7 x 40,5 cm
Annoté et daté à la plume et encre brune Parocel 1751 en bas à gauche

Provenance :

France, collection particulière

Bibliographie :

Emmanuelle Brugerolles (dir.), Une Dynastie de peintres, les Parrocel in « Carnets d’études », no 9, Beaux-arts de Paris les éditions

Xavier Salmon, « Charles Parrocel et l’école de cavalerie », in Les actes du colloque François Robichon de la Guérinière, écuyer de Roi et d’aujourd’hui, sous la direction de Patrice Franchet d’Espèrey, École nationale d’équitation, 14 juillet 2000

Né au sein d’une dynastie de peintres méridionaux, Charles Parrocel s’inscrit dans la continuité d’un héritage artistique solidement établi par son père, le peintre Joseph Parrocel. Formé dans un climat où la peinture d’histoire et la scène militaire occupent une place privilégiée, il développe son répertoire iconographique dans ce sens, un langage pictural marqué par une attention particulière portée au mouvement des corps des soldats et des chevaux. A la mort de son père, Charles devient successivement l’élève de deux des plus grands noms de la peinture d’histoire du début du XVIIIe siècle, Charles de la Fosse (1636-1716) puis Bon Boullogne (1649-1717). Passionné par la cavalerie, le jeune peintre aurait servi dans la cavalerie entre ses 17 et ses 18 ans avant de rejoindre Rome en 1712 où il sera nommé, peu de temps après, pensionnaire du roi à l’Académie de France.
De retour en France après près d’une décennie d’absence, il est admis à l’Académie royale en qualité de peintre de batailles. Cette reconnaissance officielle lui ouvre l’accès à d’importantes commandes et le conduit à suivre Louis XV lors des campagnes militaires de 1744 et 1745.

Pour concevoir ses œuvres peintes, Parrocel multiplie les esquisses graphiques, plus ou moins abouties. Cette feuille d’étude de Charles Parrocel illustre parfaitement le rôle central du dessin dans son processus créatif, que l’artiste aborde parfois sous forme de séries. Un dessin conservé dans une collection privée parisienne semble avoir été réalisé à la même époque que notre œuvre (ill. 1). Les deux feuilles, réalisées à la pierre noire et rehaussées de sanguine, proposent plusieurs variations autour d’une ou plusieurs figures masculines armées d’une épée, saisies dans différentes phases d’un affrontement.

L’artiste explore ici une série d’attitudes — attaque, déséquilibre, recul ou chute — en multipliant les points de vue pour analyser la rotation du corps et la tension du geste. Plutôt qu’une représentation individualisée, la figure devient un support d’expérimentation, permettant d’étudier la dynamique du mouvement et la précision anatomique. Les reprises de contours, les superpositions de traits et les accents de sanguine soulignent les volumes et renforcent la vivacité des mouvements. Le trait, libre et nerveux, construit les figures par accumulations successives, laissant volontairement visibles hésitations et corrections.
Ce type d’étude relève d’une pratique d’atelier caractéristique de la formation académique dont Parrocel bénéficie au sein de l’Académie royale de peinture et de sculpture (ill. 2). L’observation répétée du corps en action constitue un préalable indispensable à l’élaboration de compositions ambitieuses : la vivacité du trait et l’attention portée aux effets de déséquilibre témoignent de l’intérêt du peintre pour la restitution la plus exacte possible du mouvement.

Bien plus qu’un peintre de batailles, Parrocel s’impose comme une référence en matière d’esthétique des costumes et offre un précieux témoignage pour les historiens. Notre étude illustre pleinement la place essentielle du dessin dans la pratique de Charles Parrocel, où l’observation du mouvement constitue le fondement de l’invention picturale : la feuille conserve la spontanéité d’un travail en cours et révèle le processus même de création. Elle témoigne ainsi d’un moment d’expérimentation où se construit, par le dessin, la puissance de ses compositions futures.

M.O