Portrait d’homme barbu au bonnet d’ourson

Anne-Louis GIRODET de ROUCY-TRIOSON

Portrait d’homme barbu au bonnet d’ourson

Huile sur sa toile d’origine
Signé avec le manche du pinceau en creux en bas vers la droite « Girodet f. »
Inscription au dos de la toile « ce tableau appartient à M/De Flaux » et signature « Muntz (?) »
54,5 × 44,7 cm

Provenance :

France, collection particulière

Bibliographie :

Sylvain Bellanger, Girodet (1767-1824), [cat. exp.], Paris, musée du Louvre, 22 septembre 2005 – 2 janvier 2006, Paris, musée du Louvre Éditions / Gallimard, 2005

Galerie Alfa, L’atelier de Girodet, [cat. exp.], Paris, galerie Alfa, 2005, reproduit mais non paginé

Expositions :

Paris, Galerie Alfa, L’atelier de Girodet, 2005

Entré dans l’atelier de Jacques-Louis David en 1785, Anne-Louis Girodet se distingue rapidement parmi les élèves du maître du néo-classicisme. Dès 1792, Le Sommeil d’Endymion, peint à Rome l’année précédente (Paris, musée du Louvre, inv. 4935), révèle chez l’artiste une sensibilité nouvelle préfigurant, à bien des égards, le romantisme. Si Girodet s’illustre avant tout comme peintre d’histoire, il excelle également dans l’art du portrait, où il témoigne d’une attention toute particulière à la psychologie et à la sensibilité de ses modèles.

Notre Homme barbu au bonnet d’ourson appartient au petit groupe des têtes d’étude que l’artiste conserva dans son atelier, à l’instar de David, afin de servir de modèles à ses élèves. À l’inverse des études préparatoires destinées à une composition précise, ces œuvres relèvent de la tradition des exercices académiques, tels que la demi-figure peinte d’après nature ou encore le torse. Le format de notre tableau, tout comme l’emploi d’une toile à la trame visible et irrégulière, typique de ce type d’exercice, conforte cette interprétation.
Girodet y représente un homme en buste, le regard tourné vers le ciel, dans une attitude expressive qu’il affectionne et que l’on retrouve dans plusieurs de ses études contemporaines. Drapé d’une simple étoffe, le modèle anonyme est coiffé d’un bonnet d’ourson, seul véritable élément narratif de la composition. Réservé aux unités d’élite de l’infanterie et associé au port réglementaire de la barbe, ce couvre-chef semble permettre d’identifier le personnage comme un sapeur de la compagnie des grenadiers. Limitant volontairement sa palette à un camaïeu de bruns, Girodet déploie toute sa virtuosité dans le rendu des différentes matières – la barbe, la fourrure, l’étoffe et la carnation – admirablement mises en valeur par un fond abstrait traité par une succession de glacis, dans un procédé directement hérité de David. Sans renoncer à la rigueur linéaire de son maître, Girodet développe une sensibilité plus libre et plus intime, qui séduira des amateurs tels qu’Honoré de Balzac. L’épaule dénudée du personnage, révélant une musculature vigoureuse, sa posture assurée et son regard porté au-delà du cadre concourent à exalter sa prestance et participent à l’élaboration d’une image idéalisée du militaire, que Girodet cherche vraisemblablement à transmettre.

Notre étude semble avoir été exécutée parallèlement à Ossian recevant les guerriers français dans ses palais aériens (Rueil-Malmaison, Musée national des châteaux de Malmaison, M.M.40.47.6955), commandée en 1801 et achevée l’année suivante, l’une des premières œuvres de Girodet à faire apparaître des uniformes militaires. La présence de soldats coiffés de bonnets d’ourson dans cette composition renforce l’hypothèse d’une datation contemporaine. La signature, réduite au seul patronyme de « Girodet » sur notre étude, confirme en outre une exécution antérieure à 1809, année de son adoption officielle par le docteur Trioson ; l’artiste signe dès lors systématiquement « Girodet-Trioson ». Par ailleurs, la présence de cette signature sur une simple étude laisse penser que l’œuvre fut offerte par l’artiste à un proche, peut-être un élève, ou acquise par un amateur. Dans l’analyse qu’en propose Sidonie Lemeux-Fraitot, le premier propriétaire pourrait avoir été un ascendant d’Armand Verdier de Flaux, diplomate et poète français (Uzès, 1819 – 1883), dans la collection duquel figurait cette étude.

Enfin, l’importance que Girodet accordait à cette œuvre est attestée par son Album de principes de dessin (Montargis, musée Girodet, inv. D77.1), dans lequel il reproduisit la partie inférieure du personnage afin de servir de modèle d’exercice à ses élèves. Le tableau remplit ainsi un double rôle pédagogique, à la fois comme modèle conservé dans l’atelier et comme figure reprise dans son recueil d’enseignement.