Le Colisée et la colonne Trajane Le temple d’Hadrien, le temple de Minerve (…)
Le Colisée et la colonne Trajane Le temple d’Hadrien, le temple de Minerve (…)
ElleII2
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Giovanni Paolo PANINI

Le Colisée et la colonne Trajane
Le temple d’Hadrien, le temple de Minerve Medica et l’obélisque d’Auguste

Deux huiles sur toiles formant pendants
83 x 53 cm chaque

Le Temple de Minerve Medica : monogrammé, daté et localisé au centre « IPP / Rome 1733 »

Provenance :

Ancienne collection du comte Henri de Montesquiou Fezensac (1768-1844)

Par descendance

France, collection particulière

Expositions :

Ferdinando Arisi, Gian Paolo Pannini, Plaisance : Cassa di Risparmio, 1961

Michael Kiene, Pannini, [cat. exp.] Paris, Musée du Louvre (1992-1993) ; Plaisance, Museo Civico, (1993) ; Brunswick, Herzog Anton Ulrich Museum (1993), Paris : Réunion des musées nationaux, 1992

Sarah Catala, Giovanni Paolo Panini : un modèle du genre pour Hubert Robert, Paris, France, avril 2016

«  Un artiste de haute volée se détachant d’une foule de braves artisans. » [1]

En recevant une formation artistique dans l’atelier des Bibiena, les plus excellents peintres de la perspective italienne, Giovanni Paolo Panini s’assurait ainsi une parfaite maîtrise de cet art, porté en haute estime à travers les vues des ruines antiques, adulées par les voyageurs du Grand Tour.
En 1711, Panini est installé à Rome sous l’égide de Benedetto Luti. Il y développe un intérêt marqué pour le dessin qu’il étudie assidument. Les débuts de sa carrière sont marqués par l’époustouflante réalisation de décors, commandes pour des palais qui démontrent d’ores et déjà sa maîtrise de la technique périlleuse de la fresque. A l’âge de 28 ans, son talent est récompensé par une admission à la Congregazione dei Virtuosi, prestigieuse académie pontificale du Vatican.

«  Un maître exceptionnel, un excellent peintre de perspectives, de paysages et d’architectures, qui se distingue et excelle aussi dans l’art de peindre les personnages » (eccelente maestro, ed insigne pittore di prospettive, di paesi, e d’architettura, per rendersi anche insigne, ed eccellente nelle figure) [2]

A l’âge de 17 ans, après quelques mois de recherches, dessins et calculs intenses, Panini maitrise la théorie de la perspective dans son ensemble et applique ses connaissances au service de son art (ill. 1).
Le positionnement du spectateur, de l’architecture dans la composition, et de la hauteur du placement des figures, rien n’est laissé au hasard. Pour cela, Panini utilise habilement raccourcis et ombres portées en répondant à des règles mathématiques rigoureuses. Les raccourcis sont le résultat d’une projection dite di sotto in sù, le positionnement des éléments d’architectures résultent quant à eux d’une précise convergence de lignes de fuite.
Ces règles de gradation de profondeur sont révélées dans cette exceptionnelle paire de tableaux, formant pendants. La première toile présente en arrière-plan le Colisée, monument très apprécié et maintes fois représenté par l’artiste (ill. 2), ainsi que la colonne Trajane au premier plan, dressée au milieu de blocs de pierre, témoins de constructions des siècles passés. Dans la seconde, le temple de Minerve Medica révèle l’arrière-plan, le temple d’Hadrien le second-plan et enfin l’obélisque d’Auguste le premier plan.
Dans les deux compositions, de « petits personnages en mouvement, dont les belles attitudes plaisent  » [3] rythment l’ensemble. Ils sont des éléments essentiels des ruines antiques en replaçant l’œuvre dans l’ère contemporaine. Ils sont aussi le moyen certain de rendre fidèlement la perspective : les personnages du second et arrière-plan, de taille naturellement réduite, ne bénéficient pas de la même profusion de détails ni de la même intensité de lumière.

L’entrée de Panini à l’Académie de Saint-Luc marque un tournant dans sa carrière, suivie d’une véritable percée sur la scène artistique romaine. Depuis sa première commande émanant du maréchal Melchior de Polignac, les commandes prestigieuses affluent. L’ambassadeur de France à Rome lui avait en effet commandé un tableau relatant les festivités relatives à la naissance du fils de Louis XV. L’œuvre reçut un succès tel que le cardinal de la Rochefoucauld lui commande quelques années plus tard de dépeindre les noces du dauphin avec la future Marie-Antoinette.

Dans les années 1750, le nom de Giovanni Paolo Panini, explorateur des ruines de l’architecture antique, résonne à travers tout le territoire italien. Dans la ville Éternelle, les artistes français rejoignent son atelier pour voir travailler le maître devenu le chef de fil d’un nouveau courant classicisant. Il entretient d’étroites relations avec les artistes français vivant à Rome.
Panini signe probablement ses œuvres selon la nationalité de l’acheteur : en italien GPP (Giovanni Paolo), en latin, dont il maitrise la langue, IPP (Ioannes Paulus). L’un de ses tableaux fut identifié en français JPP (Jean-Paul). C’est la francisation de son nom qui mena certains écrivains contemporains à énoncer le nom de Paul Panini. C’est en partie grâce à cela que l’artiste se lie d’amitié avec Nicolas Vleughels, directeur de l’académie de France à Rome de 1724 à 1737, qui deviendra plus tard son beau-frère. Cette complicité lui permet d’entrer en relation avec de grands commanditaires français, devenant en quelque sorte le peintre officiel de l’ambassade de France. Chose rare, l’académie royale de peinture et de sculpture accueille chaleureusement l’artiste, louant la qualité de son pinceau.

« Il en est peu, ou même pas un seul, qui puissent lui être comparés dans son don pour les perspectives […] » [4]

À l’Académie de France, Panini, maître incontesté, enseigne à de nombreux artistes italiens et français dont la plupart perpétueront sa tradition tels que Antonio Joli et Charles-Louis Clérisseau. Hubert Robert, inconditionnel de son œuvre, ira jusqu’à emprunter certains groupes de personnages et architectures à son maître.

M.O