Portrait de Louis-François-Armand Vignerot du Plessis, maréchal de France et (…)
Portrait de Louis-François-Armand Vignerot du Plessis, maréchal de France et (…)
ElleII2
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Attribué à Louis TOCQUÉ

Portrait de Louis-François-Armand Vignerot du Plessis, maréchal de France et duc de Richelieu

Huile sur toile
81,5 × 60,3 cm

Provenance :

Vente n° 182, Paris, Palais Galliera, étude Couturier et Nicolay, 2 décembre 1970, sous le n° 152 comme Louis-Michel Van Loo (vendu pour 17 000 fr. à M. de Marolle)

France, collection particulière

Bibliographie :

John Ingamells, The Wallace Collection. Catalogue of Pictures, vol. III, Londres, The Trustee of the Wallace Coll., 1989, notre œuvre mentionnée p. 270

Xavier Salmon, Jean Marc Nattier 1685-1766, [cat. exp.], musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, 2000, notre œuvre mentionnée p. 90

Louis-François-Armand Vignerot du Plessis (1696–1788), troisième duc de Richelieu, occupa une place éminente à la cour de Louis XV. Arrière-petit-neveu du cardinal de Richelieu, il mena une jeunesse brillante et tumultueuse, marquée par ses affaires galantes et ses duels, qui lui valurent plusieurs incarcérations à la Bastille. Il connut ensuite une carrière militaire prestigieuse : créé maréchal de France en 1748, il fut nommé gouverneur de Guyenne et de Gascogne en 1755.
Le présent portrait représente le duc de Richelieu au moment de sa réception dans l’ordre du Saint-Esprit en janvier 1729. Âgé alors de seulement trente-deux ans, il bénéficia d’une faveur exceptionnelle, les chevaliers n’étant généralement admis dans l’ordre qu’à partir de trente-cinq ans. Il est figuré dans l’habit de novice, composé d’un costume de satin blanc rehaussé de dentelles de point d’Espagne, d’un petit manteau de velours noir posé sur les épaules et d’un chapeau agrémenté de plumes d’autruche blanches. À ses côtés, le grand manteau de cérémonie, disposé sur un canapé par un domestique, attend d’être revêtu. Brodé d’or et d’argent sur un velours noir semé de flammes, il est complété par le collier de l’ordre, auquel est suspendue la croix émaillée fixée à son ruban bleu céleste.

Trois versions de cette composition sont aujourd’hui connues. La version monumentale (239 × 179,5 cm), signée et datée « Nattier pinxit 1732 », fut exécutée par Jean-Marc Nattier pour la salle à manger du château de Richelieu. Sa présence y est attestée vers 1750, puis encore en 1835 [1] . Passée ensuite sur le marché de l’art, elle appartient aujourd’hui à la Fundação Calouste Gulbenkian de Lisbonne. Deux réductions de dimensions presque identiques (environ 81 × 60 cm) complètent cet ensemble. L’une est conservée à la Wallace Collection de Londres depuis le XIXe siècle ; l’autre est le présent tableau, récemment réapparu sur le marché. Dans l’étude qu’il a consacrée à l’exemplaire de la Wallace Collection, John Ingamells, ancien directeur de l’institution, en retrace la provenance jusqu’aux ventes publiques des années 1820 et relève que cette réduction fut attribuée à Louis Tocqué dès ses premières apparitions sur le marché.

Quant à notre tableau, il fut présenté lors de la vente au Palais Galliera en 1970 sous le nom de Louis-Michel Van Loo. Plusieurs éléments invitent pourtant à restituer cette œuvre au cercle de Jean-Marc Nattier, et notamment à son élève Louis Tocqué. La parfaite concordance des dimensions avec la version de la Wallace Collection, la remarquable qualité d’exécution ainsi que la présence de légères variantes et de repentirs témoignent d’un travail bien soigné et d’une élaboration réfléchie, plutôt que d’une simple copie. Ces deux réductions semblent ainsi procéder d’une même campagne d’atelier, destinée à répondre à la faveur rencontrée par le grand portrait de Nattier. Par ailleurs, comme l’a justement observé Ingamells, les descriptions des anciens catalogues de vente, attribuant la version réduite à Tocqué, pourraient se rapporter aussi bien à l’exemplaire de la Wallace Collection qu’au présent tableau, les seules notices descriptives ne permettant pas de distinguer les deux versions.

Loin de constituer une reproduction servile de la version monumentale, notre tableau conserve une certaine autonomie. Son format plus intime valorise la virtuosité de l’exécution : les broderies d’or et d’argent accrochent la lumière avec éclat, tandis que les étoffes révèlent toute la subtilité de la touche. Le visage du duc conserve la présence et l’assurance caractéristiques d’un remarquable portraitiste. Ces qualités s’accordent pleinement avec l’art de Louis Tocqué. Orphelin à l’âge de dix ans, il entra très jeune dans l’atelier de Jean-Marc Nattier, dont il devint plus tard le gendre. Agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1731, il y fut reçu en 1734 comme peintre de portraits, distinction relativement rare dans une institution qui privilégiait la peinture d’histoire. Exposant régulièrement au Salon entre 1737 et 1759, il s’imposa parmi les portraitistes les plus recherchés de son époque avant d’être appelé à la cour de l’impératrice Élisabeth de Russie, puis à celle du roi Frédéric V de Danemark.

La technique de Tocqué présente d’étroites affinités avec celle de Nattier, tant dans la mise en scène des modèles que dans le raffinement de l’exécution, la délicatesse des carnations et l’attention portée aux étoffes. Potentiellement réalisé au début de sa maturité artistique, peu après son agrément à l’Académie, notre tableau témoigne déjà de ces qualités. Plus tard, Tocqué peindra un nouveau portrait du duc de Richelieu, aujourd’hui conservé au musée des Beaux-Arts de Tours. Plus âgé, le modèle y apparaît sur un fond sombre, dont émerge un visage animé par cette même assurance qui fit la réputation du maréchal.

L’identification du personnage représenté constitue elle-même un chapitre singulier de l’histoire de cette composition. Lorsque l’œuvre de Nattier passa chez Christie’s en 1926, elle fut présentée comme un portrait de Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre. Cette interprétation était déjà celle retenue par Jean-François Garneray lorsqu’il reproduisit ce sujet dans sa Galerie Dorée de l’hôtel de Toulouse en 1816. En 1905, Pierre de Nolhac proposa pour sa part d’y reconnaître Louis d’Orléans, fils du Régent. Il fallut toutefois attendre la publication, en 1971, de l’ouvrage que Jacques Levron consacra au maréchal de Richelieu, dont le frontispice reproduisait une gravure du duc d’après Van Loo, pour que John Ingamells identifie, dans les années 1980, le véritable modèle des trois versions : le duc de Richelieu.

Ainsi replacé dans son contexte, notre tableau retrouve toute sa place au sein de cette fascinante histoire. Aux côtés des œuvres conservées à Lisbonne et à Londres, il témoigne de la qualité des réalisations issues de l’entourage immédiat de Jean-Marc Nattier et révèle les liens étroits qui unissaient le maître à son plus brillant élève, Louis Tocqué.

D. G.